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07 mai 2006

La raison pour laquelle j'aimerais mon chien

On attribue à Aldous Huxley le propos suivant :

To his dog, every man is Napoleon; hence the constant popularity of dogs.

Pourtant, lorsque le chien me sort le soir, je n'éprouve pas ce sentiment de puissance. Je suis mon chien, voilà tout.

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17 avril 2006

Beckett et les mots

Quand je pense que Corneille utilise six mille mots, Racine mille cinq cents et que Beckett s'en contente de sept cent cinquante !

Jean-Louis Barrault cité par Télérama - n° 2935 du 12 avril 2005, article de Gilles Macassar "La parole mise à nu, Beckett"

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16 avril 2006

Surmonter, selon Alain

André Bridoux avait signé la préface du livre d'Alain intitulé Les passions et la sagesse et publié dans la Bibliothèque de la Pléiade. Ce livre faisait suite, dans la même Bibliothèque au recueil les Arts et les Dieux.
André Bridoux commence ainsi sa préface :

Ceux qui ont aimé le précédent recueil aimeront à plus forte raison celui-ci. Ils y verront s'épanouir les idées qu'ils ont vues naître et se développer sur le terrain des arts et de la religion. La réflexion sur les passions et la sagesse nous porte au terme de l'itinéraire qui est pour Alain l'itinéraire naturel de l'homme et dont nous avons indiqué les étapes : commencer par l'art, venir à la religion, surmonter la religion par la philosophie. Surmonter, a dit Alain, c'est tout l'homme. L'homme, en effet, n'est autre que la possibilité de se surmonter pour franchir la distance des passions à la sagesse.

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13 avril 2006

Haiku

Où vont les gants d’avril, et les rames d’antan ?
L’âme des hérons fous sanglote sur l’étang.

Jules Laforgue in Complainte de l'Ange incurable

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26 mars 2006

Un soir, une sirène, à Montréal

Découvert grâce à Errance cette histoire d'un taxi man de nuit à Montréal.

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A rebours

Dans une préface écrite vingt ans après la publication de son roman A rebours, l'auteur, J.-K. Huysmans revient sur les remous provoqués par cette parution et conclut ainsi :

Dans ce tohu-bohu, un seul écrivain vit clair, Barbey d'Aurevilly, qui ne me connaissait nullement, d'ailleurs. Dans un article du Constitutionnel portant la date du 28 juillet 1884, et qui a été recueilli dans son volume Le Roman Contemporain paru en 1902, il écrivit

Après un tel livre, il ne reste plus à l'auteur qu'à choisir entre la bouche d'un pistolet ou les pieds de la croix.

C'est fait.

De fait, J.-K. Huysmans terminait son roman ainsi :

Eh! croule donc, société I meurs donc, vieux monde! s'écria des Esseintes, indigné par l'ignominie du spectacle qu'il évoquait; ce cri rompit le cauchemar qui l'opprimait.
Ah! fit-il, dire que tout cela n'est pas un rêve! dire que je vais rentrer dans la turpide et servile cohue du siècle! Il appelait à l'aide pour se cicatriser, les consolantes maximes de Schopenhauer;il se répétait le douloureux axiome de Pascal « L'âme ne voit rien qui ne l'afflige quand elle y pense mais les mots résonnaient, dans son esprit comme des sons privés de sens; sou ennui les désagrégeait, leur ôtait toute signification, toute vertu sédative, toute vigueur effective et douce.
Il s'apercevait enfin que les raisonnements du pessimisme étaient impuissants à le soulager, que l'impossible croyance en une vie future serait seule apaisante.
Un accès de rage balayait, ainsi qu'un ouragan, ses essais de résignation, ses tentatives d'indifférence. Il ne pouvait se le dissimuler, il n'y avait rien, plus rien, tout était par terre; les bourgeois bâfraient de même qu'à Clamart surleurs genoux, dans du papier, sous les ruines grandioses de l'Eglise qui étaient devenues un lieu de rendez-vous, un amas de décombres, souillées par d'inqualifiables quolibets et de scandaleuses gaudrioles. Est-ce que, pour montrer une bonne fois qu'il existait le terrible Dieu de la Genèse et le pâle Décloué du Golgotha n'allaient point ranimer les cataclysmes éteints, rallumer tes pluies de flammes qui consumèrent les cités jadis réprouvées et les villes mortes ? Est-ce que cette fange allait continuer â couler et à couvrir de sa pestilence ce vieux monde où ne poussaient plus que des semailles d'iniquités et des moissons d'opprobres?
La porte s'ouvrit brusquement ; dans le lointain, encadrés par le chambranle, des hommes coiffés d'un lampion, avec des joues rasées et une mouche sous la lèvre, parurent, maniant des caisses et charriant des meubles, puis la porte se referma sur le domestique qui emportait des paquets de livres.
Des Esseintes tomba, accablé, sur une chaise. - Dans deux jours, je serai à Paris; allons, fit-il, tout est bien fini; comme un raz de marée, les vagues de la médiocrité humaine montent jusqu'au ciel et elles vont engloutir le refuge dont j'ouvre, malgré moi, les digues. Ah le courage me fait défaut et le coeur me lève! - Seigneur, prenez pitié du chrétien qui doute, de l'incrédule qui voudrait croire, du forçat de la vie qui s'embarque seul, dans la nuit, sous un firmament que n'éclairent plus les consolants fanaux du vieil espoir!

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18 mars 2006

Mérites comparés à propos de l'oeuvre d'art en Europe

Les Italiens et les Espagnols ont infiniment plus de talent artistique que nous. Les Français mêmes n'en manquent point. Les Anglais en ont beaucoup moins, et se rapprochent de nous, qui possédons très rarement le talent artistique, encore qu'entre toutes les nations, nous soyons une des plus richement pourvues de ces propriétés spéciales que l'intelligence apporte dans ses oeuvres. C'est cet excès même d'aptitudes artistiques qui fait que chez nous les rares artistes semblent uniques et sont mis au premier plan et nous pouvons être assurés que chez nous naîtront les plus belles oeuvres d'art, car, pour l'universalité énergique, aucune nation ne peut lutter contre la nôtre. Si je comprends bien les plus récents amis de la littérature antique, ils n'ont, lorsqu'ils exigent l'imitation des écrivains classiques, d'autre but que de faire de nous des artistes, d'éveiller en nous le talent artistique. Nulle nation moderne n'a eu l'intelligence de l'art au même degré que les anciens. Tout chez eux est oeuvre d'art. Mais peut-être n'est-il pas téméraire d'affirmer que leurs oeuvres ne sont ou ne deviennent oeuvres d'art qu'à nos yeux. Il en est de la littérature classique comme de l'antiquité plastique. Elle ne nous est, à proprement parler, pas donnée, nous ne l'avons pas devant nous, il faut d'abord que nous la produisions nous-mêmes. C'est par l'attentive et l'intelligente étude des anciens que naît pour nous une littérature classique que les anciens mêmes n'avaient pas.

Novalis in Fragments

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22 février 2006

Journal 1941-1943

...Je crois que ma vie intérieure n'est pas assez simple. Je m'abandonne trop à des dérèglements à des bacchanales de l'esprit. Et je m'identifie peut-être trop à tout ce que je lis et étudie. Dostoïevski, par exemple, est encore capable de me briser, je ne sais comment. Il me faut vraiment devenir un peu plus simple. Me laisser vivre un peu plus. Cesser de vouloir que ma vie porte ses fruits dès maintenant. Mais j'ai trouvé le remède. Je n'ai qu'à m'accroupir sur le sol, dans un coin et, ainsi blottie, à écouter au dedans de moi. Ce n'est pas de penser qui me tirera d'affaire. Penser, c'est une grande et belle occupation dans les études, mais ce n'est pas ce qui vous tire de situations psychologiques difficiles. Il y faut autre chose. Il faut savoir se rendre passif, se mettre à l'écoute. Retrouver le contact avec un petit morceau d'éternité...

... Beaucoup de gens ont une vision des choses trop arrêtée, trop figée, et c'est pourquoi ils figent à leur tour leurs enfants par le biais de l'éducation. Ils leur laissent trop peu de liberté de mouvement. Chez nous c'était exactement le contraire. Il me semble que mes parents se sont laissé submerger par la complexité infinie de la vie, qu'ils s'y enfoncent même chaque jour un peu plus, et n'ont jamais su faire un choix. Ils ont laissé à leurs enfants une trop grande liberté de mouvement, ils n'ont jamais pu leur donner de points de repère parce qu'eux-mêmes n'en avaient pas trouvé; et ils n'ont pas pu contribuer à notre formation, parce qu'eux-mêmes n'avaient pas trouvé leur forme.
Je vois se dessiner de plus en plus nettement notre mission : donner à leurs pauvres talents errants, qui ne se sont jamais fixés ni délimités, la possibilité de croître, de mûrir et de trouver leur forme en nous...

... J'ai rompu mon corps comme le pain et l'ai partagé entre les hommes. Et pourquoi pas ? Car ils étaient affamés et sortaient de longues privations.
Je ne me lasse pas de citer Rilke, à tout propos. N'est-ce pas étrange ? C'était un homme fragile, qui a écrit une bonne partie de son oeuvre entre les murs des châteaux où on l'accueillait, et s'il avait dû vivre dans les conditions que nous connaissons aujourd'hui, il n'aurait peut-être pas résisté. Mais n'est-il pas justement de bonne économie qu'à des époques paisibles et dans des circonstances favorables, des artistes d'une grande sensibilité aient le loisir de rechercher en toute sérénité la forme la plus belle et la plus propre à l'expression de leurs intuitions les plus profondes, pour que ceux qui vivent des temps plus troublés, plus dévorants, puissent se réconforter à leurs créations, et qu'ils y trouvent un refuge tout prêt pour les désarrois et les questions qu'eux-mêmes ne savent ni exprimer ni résoudre, toute leur énergie étant requise par les détresses de chaque jour ? Dans les temps difficiles, on se laisse bien souvent aller à rejeter d'un geste méprisant l'acquis spirituel des artistes d'époques que l'on croit plus douces (mais n'est-il pas toujours aussi dur d'être artiste ?) ; et l'on se demande : de quoi cela peut-il encore nous servir ?
Réaction compréhensible, mais à courte vue. Et infiniment appauvrissante.

On voudrait être un baume versé sur tant de plaies.

Etty Hillesum in Une vie bouleversée

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13 février 2006

Survenue de la contemplation

"Je venais de rencontrer un mouvement contraire au mien dans ce que j'écoutais. Je l'arrêtai.
... ne s'entendit plus le monde des autres. Adieu musique. Il demeura du silence.
Je restai sans bouger, absolument sans bouger."

Henri Michaux in Face à ce qui se dérobe - Survenue de la contemplation

(Lecture tourangelle)

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08 janvier 2006

Résistance

Nous ne manquons pas de communication, au contraire nous en avons trop, nous manquons de création. Nous manquons de résistance au présent. La création de concepts fait appel en elle-même à une forme future, elle appelle une nouvelle terre et un peuple qui n’existe pas encore.

Gilles Deleuze, Félix Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Éditions de Minuit, 1991

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