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30 octobre 2004

Gracq, psycho-généalogie

A propos du roman Le diable au corps, Julien Gracq se souvient de la banlieue en ces deux dernières années de la première Guerre :

... Les salles à manger Henri II dans le quant-à-soi des pavillons en meulière. Les demoiselles à marier entre le piano et l'aquarelle, dont le règne finit, tandis que point celui de l'école Pigier. Toute une frange subalterne renclose dans ses murs soupçonneux, calfeutrée sous les tilleuls élagués, sans voiture, sans cinéma, sans culture, sans horizon, détroussée déjà par les emprunts russes comme par les emprunts de la Victoire, soulagée de son or, mais accrochée d'autant plus au cant de sa morale...

Julien Gracq in En lisant en écrivant Lectures

Pour ma part d'héritage, cela se passait non pas à Paris mais en terre d'Aunis. Pour le reste, tout y était : du bahut à l'or en passant par Pigier. Julien Gracq voit juste, trop juste à mon goût.

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20 avril 2004

Près de La Rochelle, au Clos


Un matin tranquille, depuis une fenêtre...

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27 décembre 2003

Histoires gigognes en Aunis

C'est une histoire dans une histoire. Si la première tient du conte, la seconde est véridique qui s'est déroulée en quelques minutes dans village d'Aunis, il y a quelque soixante ans. Un homme avait ce jour-là rassemblé les enfants du village et leur avait expliqué qu'il allait raconter une histoire - le conte donc - et qu'ensuite chaque enfant aurait le droit de poser une et une seule question. La bonne question serait récompensée par un poste TSF construit par cet homme de talent. Voici l'histoire dans l'histoire :
- dans une maison, une souris grignote les murs jusqu'à un fil électrique qui, endommagé, se met à chauffer puis provoque un court-circuit. la maison prend feu et son propriétaire est sauvé de justesse par les pompiers qui jugent prudent de le faire emmener à l'hopital dans une ambulance. Sur la route, l'ambulance croise brutalement un autre véhicule d'où il résulte un accident et la nécessité de faire appel à une ambulance plus grande qui emporte tous les blessés. Cette dernière heurte malencontreusement un camion et ce sont dès lors deux ambulances qui partent en convoi chargées de leurs blessés jusqu'à ce que, bêtement, etc...
Mon père - qui me rapportait cette histoire véridique - me précisa qu'il n'avait pas gagné le poste TSF. Et je sais qu'il construisit le sien aidé des conseils éclairés de mon grand-père. Qu'était il advenu de la souris ? La réponse importe peu mais ce fut une excellente question il y a quelque soixante ans dans un village d'Aunis.

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12 octobre 2003

Aunis, Louis Papy, Eugène Fromentin

L'Aunis - la plus petite province de l'ancienne France - s'est séparé de la Saintonge au XIème siècle. Né de l'essor de La Rochelle, il fait corps avec sa capitale. C'est une "plaine". Nul mieux qu'Eugène Fromentin, qui y est né, n'a dépeint ce pays, à peine ondulé, "si pauvrement dessiné qu'il n'a jamais ni contours ni perspectives". Vu de la côte élevée, "ce double horizon plat de la campagne et des flots... devient d'une grandeur saisissante à force d'être vide"... Le voyageur pressé n'aime pas la campagne d'Aunis - cependant si belle avec ses gros villages blancs aux tuiles rondes et roses et aux pas de portes fleuris - ; il est toujours séduit par la grande ville dont les tours et les clochers s'aperà§oivent de loin au-dessus de la plaine nue. La Rochelle... Tout y respire le grand large : ses tours sévères qui gardent l'entrée du havre d'échouage, ses demeures d'armateurs tapies derrière les remparts, ses logis somptueux qui disent l'opulence de la bourgeoisie marchande du temps passé, et son vieux port qui s'anime à chaque marée et porte une odeur de varech jusqu'en plein coeur de la cité.

150*197 couverture Papy

Ces mots ont été écrits par Louis Papy à l'aube des années soixante ; ils me parlent d'un temps révolu, d'un temps d'enfance où cousins, moissons et vacances de bord de mer se mêlent harmonieusement ad vitam aeternam. Et je sais une ferme blanche au pas fleuri, bientôt rattrapée par un urbanisme imbécile, où je reviens parfois le coeur chaviré de retrouver ses hôtes dont le sourire me ramène à ce temps, ses hôtes dont je veux croire qu'ils vivront plus longtemps que possible...

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22 juillet 2003

Port Lauzières

Plomb_r

Voici donc le carton d'un bar situé au bout de la pointe du Plomb, au nord de La Rochelle. Précisons de suite que la mention d'un cadre exceptionnel n'est pas usurpée. Le panorama s'étend du port de La Pallice jusqu'à La Tranche sur mer en passant, naturellement, le long de l'île de Ré. Le très honorable correspondant du Guide du Routard rapporte que le patron des lieux se contente d'exploiter l'affaire tranquillou. Oui..., on peut écrire cela et cette assertion pleine d'à -propos ne souffre ni contestation ni discussion. Encore que... je me demande si l'auteur a bien mesuré ses écrits. N'a t-il pas été un peu fade ? Parce que, moi, lorsque je suis arrivé en couple, un soir, pour dîner, je me savais en vacances et certain de jouir du plaisir de ne rien faire. Et quand j'ai vu ledit patron, j'ai compris, avec dépit, que "ne rien faire" est un art qui a ses maîtres. J'ai lu dans son regard et son sourire toute la compassion de l'homme au sommet de cet art pour l'indécrottable agité que je suis. Je me suis reconnu dans Prunelle touché par la grâce un court instant et contemplant dans une divine stupeur Gaston Lagaffe affairé à une sieste pleine de rêves de siestes elles-mêmes traversées d'ineffables rêves de sieste etc. Lorsque plus tard dans la soirée, j'ai remarqué le même patron assis à une de ses tables, regardant la mer, j'ai su qu'aucun de ses clients, pas même un rustre tel que moi, ne viendrait le perturber pour demander je ne sais quoi : on ne dérange pas un maître dans ses oeuvres. Alors, puisque je suis en veine de réclame, allez donc au bar Port Lauzières.
Comprenons-nous bien : vous n'y trouverez que fruits de mer et sardines grillées car il est en ce monde des choses autrement plus importantes que la cuisine. Vous y allez pour contempler et prendre une leçon de ne rien faire.

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