LEXPRESS.fr du 28/02/2007
Le marché immobilier en 2007
Prêts: 50 ans, c'est un bail!
Bruno Abescat
La durée des crédits ne cesse de s'allonger. C'est séduisant pour des acquéreurs qui n'avaient pas, jusqu'à présent, les moyens d'emprunter. Mais risqué et... cher
lls ont débarqué voilà à peine deux mois et arrivent tout droit d'Espagne. Les nouveaux prêts immobiliers à cinquante ans vont-ils séduire les Français? Pour l'heure, ils soulèvent une belle polémique et pas mal d'interrogations. Distribués en exclusivité par le leader français des courtiers, Cafpi, et son rival, Meilleurtaux.com, ces crédits sont proposés par la Kutxa Banque, la Caisse d'épargne de Saint-Sébastien. Mais, s'ils sont familiers pour les particuliers au-delà des Pyrénées ou sous d'autres cieux, comme en Grande-Bretagne, ils font figure, dans l'Hexagone, de véritable innovation.
«Attendez un peu, ce sont des produits qui ne correspondent pas encore aux usages... Il faut simplement que les mentalités s'acclimatent», plaide Philippe Taboret, directeur du marketing de Cafpi, qui distingue trois catégories de détracteurs: «Les concurrents, pris de court; les banquiers, bousculés par ces nouvelles offres; enfin, tous les emprunteurs qui n'en ont pas besoin…» Pour ce spécialiste, ces crédits vont permettre de solvabiliser une clientèle jusqu'alors exclue du marché. Comme les jeunes, de plus en plus nombreux à emprunter. Pour la plupart des acquéreurs aux revenus modestes, ce sera aussi l'occasion de pouvoir acheter, en diminuant leurs mensualités de remboursement, une pièce de plus!
Une telle surenchère dans la durée résulte, bien sûr, de l'envolée des prix de l'immobilier ces dernières années. Alors que les crédits financés à quinze ans constituaient pour ainsi dire la norme en 2002 (39% du total), ils sont aujourd'hui l'exception, selon Meilleurtaux.com. Désormais, les Français empruntent le plus souvent à vingt-cinq ans et la durée moyenne a dépassé vingt ans (voir le tableau). Peu à peu, d'ailleurs, les organismes de crédit se sont adaptés, proposant des prêts de plus en plus longs. Avant même l'offensive espagnole, l'UCB avait ainsi prévu de lancer une formule à quarante ans au printemps prochain.
Est-il néanmoins judicieux de s'endetter à si long terme? Au regard de l'évolution de la vie - naissance, divorce, changement d'emploi… - un tel engagement paraît inadapté. Mais c'est sur le plan financier que ce type de prêt est le plus critiquable. Les experts émettent au moins deux réserves. Tout d'abord, son coût réel est très élevé: pour un emprunt de 150 000 euros, il monte à plus de 250 000 euros, selon les calculs d'Empruntis. Soit cinq fois plus que pour un prêt à quinze ans! L'amortissement d'un tel crédit est, ensuite, très faible: au bout de cinq ans, vous n'êtes propriétaire que de 3% de votre logement (voir le tableau).
L'association Consommation, logement et cadre de vie appelle ainsi les particuliers à demeurer vigilants et, notamment, à «négocier avec leur banque les conditions d'un éventuel remboursement anticipé du prêt». Sage précaution: il n'est pas donné à tout le monde de fêter, un jour, ses noces d'or. Qui plus est avec son banquier!
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